Les croyants qui désirent atteindre ce niveau de démonstration d’amour divin et qui ne sont pas habités par le doute, doivent maintenir l’effort d’invoquer Dieu. En livrant leur vie entière et chaque souffle de leur être à l’adoration, en restant à l’écart des louanges des hommes, en demeurant dans des endroits isolés et dans l’obscurité de la nuit, ils peuvent espérer atteindre ce degré exceptionnel. Leur conscience désirant servir Dieu incessamment, ils tentent d’étancher leur soif par le breuvage de l’amour puisé dans la demeure de l’ihsan (mot désignant vivre et adorer Dieu comme si nous Le voyons car si personne ne peut Le voir, Dieu voit son serviteur). Cette expression prend tout son sens dans ce contexte car ils peuvent, si besoin est, sacrifier leur richesse, leur statut, tous leurs biens, et même leur propre vie dans ce but.
Par-dessus tout, leur cœur supplie continuellement et demande à Dieu son amour et sa satisfaction.
L’incident suivant tiré de la vie d’Ammar ibn Yasir (que Dieu l’agrée) illustre parfaitement le degré d’amour des compagnons pour le Prophète Muhammad (que Dieu le bénisse et le salue), pour Dieu et leur entière soumission à Sa volonté :
Pendant qu’il marchait sur les bords de l’Euphrate et avant de s’engager dans une bataille, Ammar ibn Yasir exprima ses sentiments intérieurs de la manière suivante :
«
Ô mon Seigneur ! Si je savais que tu serais davantage satisfait de moi si je me jetais du haut de cette montagne, je le ferais immédiatement. Si je savais que le fait de me brûler vif dans un large feu te satisferait davantage, je le ferais immédiatement. O mon Seigneur ! Si je savais que le fait de me jeter à l’eau et de m’y noyer te satisferait davantage, je le ferais instamment.
Ô mon Seigneur ! Je vais me battre avec l’unique but de gagner Ta satisfaction. Que m’importe l’issue de cette bataille. Ce que Je désire, c’est Ta satisfaction ! »
(Sources : ibn’Sa’d, III, 258)
L’amour dédié à Dieu et à Son Messager est l’essence de notre religion et le plus béni des chemins qui mènent à Lui. C’est le seul chemin qui mène vers Son intimité et Sa miséricorde parce que l’acceptation devant la porte de la présence divine ne peut s’ouvrir qu’avec l’aide de la clé de l’amour. Toutefois, l’amour ne doit pas vivre uniquement de rhétorique. Les conversations vides de sens, qui ne sont guère réfléchies dans le cœur intérieur, n’ont rien à voir avec l’amour véritable que l’on doit offrir à Dieu. Pire, elles mènent à l’autosatisfaction.
Les fameux compagnons démontrèrent, tout au long de leur vie, les exemples les plus concrets de l’amour véritable. Par leur vie et leurs enseignements, ils furent des exemples vivants d’amour à l’égard de Dieu et de Son Messager. En voici quelques exemples :
« Le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) envoya des enseignants vers les tribus des environs de Médine. Les tribus d’Adel et de kare furent parmi celles qui demandèrent l’octroi de maîtres enseignant. Un groupe de ceux-là , dix compagnons au total, leur furent donc envoyés. Pendant qu’ils voyageaient, ils furent attaqués. Durant le conflit, huit d’entre eux tombèrent martyrs et les deux survivants furent capturés. Les tribus qui capturèrent ces deux compagnons nommés Zeyd et Hubeyb (que Dieu les agrée) les remirent entre les mains des polythéistes de La Mecque qui voulurent les tuer. De ce fait, avant de les exécuter, les polythéistes demandèrent à Zeyd :
-Voudrais-tu échanger de place avec Muhammad afin d’avoir la vie sauve ?
Zeyd (que Dieu l’agrée) regarda Abû Sufyan avec pitié et lui répondit :
-Non, de plus, je préfère en échange renoncer à vivre heureux en compagnie de ma famille et mes enfants plutôt que de savoir que le pied du Prophète Muhammad puisse être blessé par un buisson !
Abû Sufyan fut frappé de cette incomparable preuve d’amour.
- Je suis en effet étonné ! dit-il, jamais, de par le monde, je n’ai rencontré de gens qui ont autant d’amour pour Muhammad que l’ensemble de ses compagnons !
Sur ces entrefaites, les polythéistes vinrent auprès de Hubeyb et lui déclarèrent que s’il reniait sa foi, il serait sauvé. La réponse du fameux Hubayb fut sans appel :
- Je n’abandonnerai jamais ma religion même si vous me donnez le monde entier !
Hubayb (que Dieu l’agrée) avait un seul souhait avant de connaître le martyr : il désirait ardemment envoyer ses salutations d’amour (Salam) au Prophète Muhammad !
Cependant, qui parmi eux aurait pu saisir cette salutation adressée au Prophète ?
Impuissant, il tourna ses yeux vers le ciel et pria avec la plus grande sincérité :
-Ô Seigneur ! Il n’y a personne ici pour transmettre mes salutations à Ton Messager. S’il te plaît, transmets les lui !
A ce moment précis, le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) était à Médine entouré de ses compagnons. Soudain, il dit : « et sur toi la paix » (alaihissalam). Entendant cela, les compagnons furent surpris. Ils lui posèrent cette question :
- Ô Messager de Dieu ! À qui as-tu répondu ?
Il répondit :
- A la salutation de votre frère Hubayb !
Les idolâtres de La Mecque tuèrent les deux compagnons après les avoir cruellement torturé. Les derniers mots sortis de la bouche d’Hubayb furent particulièrement significatifs :
- Tant que je meurs en musulman, que m’importe la manière dont je meurs !
(Sources : Bukhari, Maghazi, 10, Waqidi, Maghazi, pp.280-281)
De même, parce qu’ils aimaient tellement le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue), les jeunes compagnons se livrèrent à une sorte de compétitivité dans le but d’obtenir, tel un émissaire, l’honneur de porter ses lettres censées exposer la nouvelle religion. Avec l’intention de répondre à un seul de ces désirs, ils étaient disponibles pour lui rendre le moindre service, même le plus coûteux, et le questionnèrent à ce propos. Ce fait est une réalité indéniable et ils démontrèrent ainsi toute la mesure de leur amour envers le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue). Après avoir traversé les déserts sans fin et les hautes montagnes et munis, pour seule arme, que de leur courage, ils lurent la lettre du Prophète en présence des rois et de leurs bourreaux qui se tenaient derrière eux.
Parmi les innombrables exemples d’amour, de respect et de révérence des compagnons à l’égard du Prophète (que Dieu le bénisse et le salue), celui-ci demeure très significatif :
« Khalid ibn Walid (que Dieu l’agrée) était en train de traverser le territoire d’une certaine tribu. Le chef de cette tribu lui demanda de décrire le Messager de Dieu. Khalid ibn Walid (que Dieu l’agrée) lui dit :
- Je ne peux le décrire !
Le chef insista :
- Dis-moi tout ce que tu sais !
Khalid ibn Walid (que Dieu l’agrée) lui répondit :
- Je peux te dire ceci : le statut d’un messager est en accord avec le statut de celui qui l’envoie. Celui qui envoya le Messager est le Créateur de l’univers, imagine donc le statut de Son Messager ! »
Un autre fameux compagnon nommé Amr ibn Âs répondit à la même question de manière suivante :
« Je ne peux pas regarder attentivement le Messager de Dieu à cause de ma vénération pour sa personne. Cependant, si tu me demandes de le décrire, je serais incapable de le faire. »
Il est possible d’observer les manifestations d’amour des compagnons à l’égard du Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) en remarquant la façon dont ils lui obéissaient et également la manière dont ils intériorisaient ses agissements. C’est à cause de l’étendue de l’amour qu’ils avaient pour lui. Le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) fut une miséricorde pour les mondes et il considéra la création avec amour et affection.
Les compagnons furent profondément attachés au Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) et lui manifestèrent sans cesse un amour inconditionnel. Le récit suivant relaté par Abû Abdul Rahman al-Jabali en est une preuve supplémentaire :
« Au cours d’une bataille contre Byzance, nous étions sur un bateau en compagnie d’Abû Ayyub al-Ansari (que Dieu l’agrée). Notre chef était Abdullah ibn Qays. Lorsque le fameux compagnon Abu Ayyub al-Ansari vint vers l’homme chargé de la distribution du butin, il vit une femme en pleurs. Cette femme fut capturée pendant l’affrontement. Abû Ayub demanda la raison de ses pleurs. Ils lui répondirent :
- Cette femme a un enfant. Ils l’ont séparé d’elle et c’est la raison pour laquelle tu la vois dans cet état.
Immédiatement, Abû Ayub (que Dieu l’agrée) retrouva l’enfant et le rendit à sa mère. Puis la femme cessa de pleurer.
Sur ces entrefaites, l’officier en charge de la distribution du butin vint vers le commandant en chef de l’armée, Abdullah ibn Qays, et lui raconta ce qu’avait fait Abû Ayub. Lorsque Abdullah ibn Qays demanda à Abû Ayub la raison de son geste, celui-ci répondit :
- J’ai entendu ceci du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) : quiconque sépare une mère de son enfant sera lui-même séparé, le Jour du Jugement, de tout ce qu’il chérissait. »
(Sources: Ahmad ibn Hanbal, Musnad V, 422; Tirmidhi, Buyu, 52; no: 1283)
Cet incident montre de manière évidente qu’aimer Dieu et le Prophète nécessite que toute la création doive être abordé avec miséricorde, affection et amour. Parce que les plus beaux fruits de la foi sont l’amour et la miséricorde, le récit suivant témoigne de la nature des bénédictions inhérentes à l’amour et à la compassion conduisant l’être humain à la source du printemps de la foi.
« Au temps du Prophète (que Dieu le bénisse et le salue), appelé « l’âge du bonheur », il y avait un homme parmi les compagnons qui se nommait Hakim ibn Hizam. Il était un proche de Khadîdja, l’épouse du Prophète. C’était une personne généreuse, compatissante et charitable. Durant la période antéislamique, appelée communément « l’âge de l’ignorance », il avait l’habitude de racheter les petites filles que leurs pères voulaient tuer parce qu’ils étaient embarrassés d’avoir une fille. Ainsi, il mit continuellement en pratique cet usage afin de les sauver et de les protéger. Lorsqu’il devint musulman, il demanda au Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) si les bonnes actions qu’il avait accomplies antérieurement seraient susceptibles de lui venir en aide. Le Prophète Muhammad (que Dieu le bénisse et le salue) répondit à Hakim que ces bonnes actions ont été le principe déterminant de sa conversion à l’islam. »
Ainsi, de telles personnes dotées d’éminentes qualités et pourtant éloignées de la vraie foi ont pu cependant bénéficié de l’honneur de se convertir à la véritable religion. La conversion à l’islam étant la plus haute récompense, il est donc logique qu’elle apporte les plus hautes récompenses à ceux qui sont déjà croyants.
La vraie foi est le plus beau don que Dieu accorde à Ses serviteurs. Notre Seigneur nous ordonne de préserver ce don durant notre existence et de posséder toujours la foi jusqu’au dernier soupir. Le Coran mentionne :
«
Ô les croyants ! Craignez Allah comme Il doit être craint. Et ne mourrez qu’en pleine soumission. »
(Sourate Al -Imran, verset 102)
Le plus beau fruit issu de la bénédiction de la foi est de considérer la création avec les yeux du Créateur et de l’aborder avec amour. Ce fruit magnifique élève la vie du serviteur vers les plus hauts degrés et le mène à entrer dans le monde du pardon, de la compassion et de l’amour. Muni de ces qualités, il est en mesure de répandre la miséricorde sur toute la création. Le grand Ami de Dieu, Mevlana Jalaluddin Rumi, illustra ce point avec cet exemple très instructif :
« Un ivrogne vint dans une loge soufie pendant qu’un sermon y été délivré. Les disciples de la voie soufie, nommés aussi derviches, voulurent l’expulser en l’insultant. Mevlana s’approcha de l’ivrogne comme si celui-ci était venu dans l’intention d’apprendre quelque chose sur la vraie foi et dit à ceux qui l’ont insulté :
- Bien que celui-ci ait bu le vin, il me semble que c’est vous qui êtes ivres ! »
Cette histoire illustre concrètement la façon dont les sentiments naturels d’aversion que d’aucuns peuvent éprouver face à un péché courant ne doivent, en aucun cas, être pris en compte d’une manière générale. En revanche, il faut considérer le pécheur comme un oiseau blessé qui a besoin d’être soigné avec compassion, de l’accepter dans le palais de son cœur, et de lui procurer une saine éducation et une juste orientation.
Hoca Ahmet Yesevi décrit admirablement cette situation particulière :
«
Lorsque vous voyez quelqu’un dont le cœur est brisé, soyez un remède pour lui !
Si une telle personne, parce qu’elle est démoralisée, ne peut continuer son chemin, éprouvez donc de la compassion à son égard. »
On ne doit pas oublier que l’assemblée des croyants est issue de cette époque du bonheur, l’époque du Prophète Muhammad (que Dieu le bénisse et le salue) ; cette assemblée qui nous fait partager aujourd’hui le fruit de son attention. Les compagnons les plus illustres et les Bien-aimés de Dieu ont développé un effort considérable pour transmettre cette vérité sacrée aux générations futures. L’amour de Dieu les entourait et ils devinrent des étoiles dans le ciel de notre foi ; enseignants à l’école de la vérité, grâce et miséricorde au sein de notre vie quotidienne, lumière de notre temps et témoignage de Dieu dont la gloire ne peut être surpassée sur Terre.
Les efforts exceptionnels et les sacrifices déployés par le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue), ses compagnons, les saints et les pieux serviteurs dans la voie de Dieu ont pour but de nous servir d’exemples puisqu’ils étaient tous animés par l’amour divin.
Nous ne devons jamais oublier cette céleste vérité qui nous fut révélé ,et nous devons également accomplir les efforts nécessaires pour léguer aux prochaines générations ces enseignements de manière pure et lumineuse. Cela tient en effet de notre responsabilité et s’avèrent déterminant pour notre bonheur éternel lorsque nous entrerons dans la Vie Future.
Le cœur des croyants doivent en permanence expérimenter au plus haut niveau cette joie jaillissant de la foi et de l’amour divin ,car le vrai bonheur consiste à dépasser les limites des sentiments éphémères ,puis de vider son cœur de toutes les affections momentanées pour être en mesure de raccorder l’objectif intentionnel de ces sentiments en direction de Dieu. Des sentiments légitimes tels que l’amour de la patrie, l’amour de la famille et des enfants, mais aussi, la fraternité en religion, l’adoration, la charité ou bien les bonnes mœurs conduisent, en fin de compte, vers une profonde satisfaction, un plaisir incommensurable lorsque ces sentiments sont manifestement liés par l’amour de Dieu. Cet amour profond que ressentaient les compagnons vis-à -vis de Dieu et de Son Messager (que Dieu le bénisse et le salue), et cette manière dont ils saisissaient la réalité de la création avec les yeux même du Créateur ,nous amènent à considérer qu’ils vivaient ces expressions d’amour dans leur plénitude. Ils sacrifièrent leur existence à cause de l’amour divin. Ces mêmes compagnons, qui ne furent pourtant pas riches matériellement, leur offrirent sans hésitation le fruit de leur travail car ils ne voulurent en aucun cas être séparé de Dieu et de son Messager mais uniquement demeurer en harmonie avec eux.
Dans le couplet suivant, le poète Fuzuli décrit le cœur comme le point central de l’amour et la manière dont chacun est invité à se perdre au sein de cet amour :
« Pendant que Mejnun était en train d’errer sans but dans le village de Leila, un étranger vint et lui demanda où se trouvait le demeure de Leila. Mejnun répondit :
- Ne cherches point sa demeure et ne te fatigues pas en vain ! Puis il pointa du doigt son coeur et dit :
- Voici la demeure de Leila. »
Nous devrions méditer sur la signification profonde de cet exemple et nous questionner sur la mesure de notre inclination et de nos sentiments envers Dieu. En d’autres termes, notre cœur est-il rempli d’amour pour Dieu et pour Son Messager ? La joie provenant de notre foi se reflète-t-elle dans nos prières et dans notre comportement ? Ou bien, l’amour est-il pour nous synonyme de simple et froide rhétorique n’allant guère plus loin que le bout de notre langue et n’effleurant point notre cœur ?
Jusqu’où les attitudes et les pratiques que nous accomplissons sont-elles conformes au Coran et à la Tradition (Sunna) ?
Jusqu’à quel point sommes-nous en mesure d’orienter les intérêts mondains que nous portons naturellement en signification spirituelle dans l’unique but d’obtenir l’agrément divin ?
Le calife Omar (que Dieu l’agrée) a dit :
« Interroges-toi avant que tu ne sois interrogé devant la cour divine ! »
Nous devrions assurément comparer notre comportement avec ce principe !
Heureux ceux qui peuvent partager la personnalité et la spiritualité du Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) et qui parviennent à la pleine réalisation de l’amour.
Seigneur ! Embellis nos cœurs par les bienfaits de la foi ! Fais nous prendre conscience de la laideur, de l’incrédulité et de la désobéissance. Puisses- tu nous éloigner de ces choses ! Fais-nous aimer ce que Toi Tu aimes ! Laisse nous mourir à ce monde par Ton amour, avec l’amour du Messager et l’amour de ce que Tu aimes !
Amin !